Thursday, January 23, 2014

Se préparer à la négociation collective au Collège St. Lawrence


Le 13 novembre dernier, j'ai pris la direction de Cornwall pour rencontrer les délégués syndicaux et les dirigeants de la section locale 417 du SEFPO, qui représentent le personnel scolaire du Collège St. Lawrence.

Le Collège St. Lawrence, qui  a ouvert ses portes en 1967, possède des campus à Kingston, Cornwall et Brockville.  Environ 6 700 étudiants à temps plein et 20 000 étudiants à temps partiel fréquentent le collège, dont le programme d'études « musique-théâtre » est réputé à l'échelle du pays. La section locale 417 représente actuellement 195 membres à temps plein du personnel scolaire et quelque 250 à charge partielle. Le nombre de membres à temps partiel est en progression constante.
Graeme Aubert
 
Le président de la section locale 417, Graeme Aubert, compte plus de 40 années d'expérience en tant que professeur.  Au cours de notre discussion, il a parlé du réseau collégial au moment de sa fondation dont le niveau suffisant de financement permettait au personnel scolaire de suivre des activités de perfectionnement professionnel et de travailler dans un environnement plus collégial.  Il a également fait remarquer que l'instauration du formulaire de charge de travail (FCT), que le personnel scolaire a finalement obtenue en 1984, a apporté l'équité dans la répartition de la charge de travail.  Avant l'instauration du FCT, il était facile pour l'administration du collège de contrôler le personnel scolaire en jouant la politique de la carotte – c'est-à-dire favoriser ses préférés et punir les frondeurs avec des charges de travail énormes.

Le personnel scolaire du Collège St. Lawrence commence à être touché par certains des mêmes problèmes qui frappent les autres collèges.  À l'instar des collèges Mohawk et Cambrian, le Collège St. Lawrence a conclu un accord d'autorisation sur les programmes d'études avec un collège privé.  Au collège privé Alpha International Academy, à Scarborough, on enseigne des programmes d'affaires, général d'arts et d'anglais à des étudiants internationaux.  Les programmes d'études, qui avaient été élaborés par les professeurs du Collège St. Lawrence (membres du SEFPO), ont été externalisés et sont désormais enseignés par des employés non-syndiqués.  Les membres du personnel scolaire ne jouissent pas de la protection de la propriété intellectuelle et leur savoir et expertise peuvent être mis à profit pour les priver de travail.

Pendant la réunion, un délégué syndical, qui représente les conseillers, a expliqué comment les coupures budgétaires et les réductions de postes à temps plein engendrent plus de stress au travail et la réduction du service.  Un conseiller a reçu 119 clients au mois de septembre et d'octobre et 63 pour cent d'entre eux avaient des graves problèmes de santé mentale.  Avec l'augmentation du nombre d'étudiants et un environnement d'apprentissage de plus en plus stressant, le travail des conseillers des collèges est plus important que jamais.  En dépit de cela, on réduit toujours le nombre de conseillers à temps plein, pendant que les autres conseillers, qui sont aux prises avec d'énormes charges de travail, sont à bout.  Rien qu'au campus de Kingston, trois conseillers sur cinq étaient en congés de maladie de longue durée pour des problèmes liés au stress l'automne dernier.

La question de la mobilisation des membres de la section locale 417 a également été évoquée – notamment les problèmes de communication avec leur groupe important de membres du personnel scolaire à charge partielle.  En outre, parce que les campus du Collège St. Lawrence desservent trois collectivités ayant chacune leurs particularités démographiques, il est difficile de présenter un message unifié. 

Plusieurs autres sections locales doivent surmonter ces enjeux et la vaillante équipe de la section locale 417 a souligné la nécessité d'améliorer la communication pendant la négociation.  En un mot, communiquer des informations précises, factuelles et pertinentes permettra de rassembler les membres derrière les revendications et d'assurer un indispensable succès à la table de négociation.

Monday, January 20, 2014

De passage au Collège Northern


Dans la foulée de ma visite au Collège Fleming, j'ai pris la direction de North Bay et je me suis retrouvé au beau milieu d’une tempête de neige.  N'ayant jamais fait le voyage auparavant, la nuit et le blizzard m'ont causé quelques tracas, mais je suis finalement arrivé à bon port – ne perdant le bon cap qu’une seule fois.  Le lendemain, j'ai repris la route en direction du Collège Northern et de son campus de Kirkland Lake, un trajet avec des paysages à couper le souffle et, heureusement, avec moins de neige.

Mon père a grandi à Kirkland Lake et me rendre dans cette communauté revêtait donc une signification toute particulière.  En suivant ses instructions, j'ai été capable de trouver la maison où il était né – une vieille maison de bois au bord d'un chemin forestier.  Dans la lumière tombante du soir, j'ai réussi à prendre rapidement quelques photos avant de partir à la rencontre du président Olayide (Lad) Shaba et des représentants syndicaux de la section locale 653 du SEFPO.
L'ancienne maison familiale des MacKay, avenue Carter, à Kirkland Lake.
Le campus principal du Collège Northern est situé à Timmins, à une heure et demie de route, au nord-ouest de Kirkland Lake.  Les autres campus sont situés à Moosonee et à Haileybury.  Le Collège Northern dessert une région de plus de 150 000 kilomètres carrés et accueille quelque 2 000 étudiants à temps plein et 15 000 à temps partiel.

À la réunion du comité exécutif local, j'ai entendu parler des défis auxquels fait face le personnel scolaire dans le Nord – des défis que partagent souvent leurs collègues de Sudbury, Sault Ste. Marie, North Bay et Thunder Bay.  À l'instar de leurs collègues qui travaillent dans les collèges du Nord, les représentants syndicaux de la section locale 653 ont déploré que le gouvernement semble tourner le dos aux collèges du Nord et ne pas reconnaître le rôle essentiel que ces derniers jouent dans le développement social et économique. 

Il suffit de regarder les conséquences du sous-financement pour comprendre le désarroi du personnel scolaire du Collège Northern.  Au plus fort des 135 membres du personnel scolaire qui travaillaient à temps plein au début des années 1990, il n'en reste que 78.  L'attrition est lente et constante.  Les membres du personnel scolaire à temps plein qui partent à la retraite ne sont pas remplacés.  Au lieu de cela, on recrute des employés à temps partiel et on constate aujourd'hui que plusieurs programmes d’études n'ont même pas un membre du personnel scolaire à temps plein.


Les membres de la section locale 653 sur la ligne de piquetage en 2006.
Les professeurs, les conseillers et les bibliothécaires du Collège Northern sont dès lors aux prises avec l'accroissement des tâches qu'engendre le manque de personnel.   On leur demande de siéger aux comités du collège, mais ils ne sont pas rémunérés et les heures ne sont pas créditées sur leur formulaire de charge de travail (le formulaire de la convention collective qui fixe les conditions pour l'affectation des charges de travail du personnel scolaire chaque semestre).  S'ils n'assistent pas aux réunions, les membres du personnel scolaire courent le risque de se voir de moins en moins associés aux décisions pédagogiques. Mais il est abusif de requérir ce travail supplémentaire alors que la charge de travail du personnel scolaire à temps plein est déjà énorme.

Pendant le dîner, après la réunion, j'ai compris qu'enseigner dans le Nord constitue une expérience unique, mais aussi combien tout cela a changé au fil des ans.  Stephen Borao, qui a été professeur et membre du syndicat pendant de longues années et qui a pris sa retraite l'été dernier, a parlé de sa carrière dans l'enseignement et de l'impact majeur de la négociation collective tout au long de sa carrière.

En 1980, Stephen avait été embauché comme « instructeur principal » au campus Moosonee, qui n'était pas encore affilié au Collège Northern.  Le semestre d'automne commençait en octobre, en raison de la chasse à l'orignal, et Stephen voyageait par avion de brousse pour enseigner le Programme d’administration des affaires.  Il enseignait entre 20 et 24 heures par semaine sans directives, soutien et rétroaction.  Il avait élaboré lui-même la totalité du programme d'études à partir de zéro et l'avait enseigné jusqu'à la fermeture du campus en 1983.  Parce qu'il était membre d'un syndicat, il a été transféré au campus de Kirkland Lake, où il a enseigné les trois décennies suivantes. Il a pris un congé de formation pour revenir sur les bancs de l'école. Il a également été un infatigable membre de l'exécutif de la section locale 653.

En ce qui concerne les défis que doit surmonter le personnel scolaire dans le Nord, Stephen a parlé de sa propre expérience et des luttes syndicales du passé : « Aujourd'hui, les gens ont tendance à penser que les salaires décents, les avantages sociaux et le paiement des heures travaillées sont le fait de la bonté du Collège.  Ils ne se rendent pas compte que ces acquis ont été remportés par le syndicat.

On devrait se souvenir de la remarque de Stephen, qui nous montre que la négociation collective donne des résultats. Si nous, les professeurs, les conseillers et les bibliothécaires, faisons preuve de solidarité, nous serons capables de surmonter les défis actuels et de redonner au système collégial son mandat original, qui est de procurer une excellente éducation et de contribuer au développement économique et social de l'Ontario et de ses diverses communautés.




Friday, January 17, 2014

Négocier la liberté académique au Collège Fleming


En novembre dernier, j'ai pris la direction du Collège Fleming, à Peterborough.  Le Collège Fleming possède également des campus à Cobourg, Haliburton et Lindsay.  Quelque 6 000 étudiants à temps plein et 10 000 à temps partiel fréquentent le collège qui offre un large éventail de programmes dans les arts, l'environnement, les sciences de la santé, les métiers et les affaires.
Gary Bonczak
Le personnel scolaire du Collège Fleming est représenté par Gary Bonczak, président de longue date de la section locale et ancien membre de l'équipe de négociation et par l'exécutif de la section locale 352 du SEFPO.  Le personnel scolaire compte actuellement 200 membres à temps plein et environ 300 qui ne travaillent pas à temps plein.  Avant le fléau du gouvernement Mike Harris, il y avait 235 membres du personnel scolaire à temps plein au Collège Fleming.  Depuis cette époque, le nombre d'étudiants augmente constamment et, à l'instar des autres collèges, on demande aux professeurs, conseillers et bibliothécaires de faire plus avec moins.

J'ai eu l'occasion de rencontrer à la fois les dirigeants du Comité exécutif, ainsi que les membres de la section locale en général.  Les discussions ont mis en lumière non seulement les défis que doit surmonter le personnel scolaire, mais également une façon appropriée d'intégrer la liberté académique dans les collèges de l'Ontario.

Pendant des années, le Collège Fleming a été unique en ce sens que les professeurs géraient les questions pédagogiques.  Des équipes pédagogiques, composées de membres du personnel scolaire, avaient la responsabilité de la planification des programmes et de l'élaboration des cours.  Elles géraient le budget de leur département et contrôlaient l'administration des programmes.  Ce modèle, qui fut en place plus de 10 ans, était supervisé par le vice-président à l'enseignement.  Même si Gary a mentionné que ce modèle créait un surcroît de travail aux leaders des équipes pédagogiques, il permettait au personnel scolaire d'avoir un contrôle sans précédent sur les décisions relatives à l'enseignement.  Ce modèle a beaucoup contribué à la réputation du Collège Fleming – un établissement réputé pour l'excellence de son éducation.

En raison des mises à pied durant les années 1990 et de l'absence de recrutement de nouveaux membres du personnel scolaire à temps plein, on n'a pas remplacé les leaders pédagogiques qui sont partis à la retraite et le modèle pédagogique piloté par le personnel scolaire a été mis à rude épreuve.  La nouvelle administration du Collège, qui ne partageait pas la même vision collégiale que la précédente, a décidé de mettre en place un système de doyens et de directeurs de département.  Depuis, les relations ont changé, l'implication du personnel scolaire dans les questions pédagogiques va en diminuant et les griefs sont de plus en plus courants.

Malgré ce recul de la liberté académique au Collège Fleming, le personnel scolaire a été en mesure de faire des gains, notamment pour négocier la réintroduction du temps de perfectionnement professionnel en mai et juin.  Il s'agit d'un gain considérable pour les professeurs, qui leur permet de participer à des activités de perfectionnement professionnel afin de suivre l'évolution constante des cours.  L'administration du Collège Fleming a manifestement reconnu que le perfectionnement professionnel du personnel scolaire est directement lié à la qualité de l'éducation.  Malheureusement, de nombreux autres collèges ont supprimé ce temps de perfectionnement, qui était autrefois la norme, pour le remplacer par deux mois d'enseignement supplémentaires.

L'expérience unique du Collège Fleming montre que la liberté académique a sa place dans les collèges de l'Ontario et que son absence conduit à une érosion des relations collégiales.  En négociant la liberté académique dans la convention collective du personnel scolaire, les professeurs pourront mettre en œuvre le même genre d'approche pédagogique qui existait autrefois au Collège Fleming, un modèle guidé par le personnel scolaire et axé sur l'éducation.  Les avantages d'un tel modèle sont considérables pour les professeurs et les étudiants.

Tuesday, January 14, 2014

Assurer l'accès au Collège Confederation



Bonne et heureuse année 2014!

Je me réjouis d'être de retour en ce début d'année pour vous parler de ma passion : l'éducation collégiale en Ontario.  À la fin décembre, le Sud-Est de la province a été frappé par des conditions météorologiques extrêmes. Souhaitons que le pire de l'hiver soit à présent derrière nous – en espérant que mon souhait ne nous porte pas la guigne?  Un immense merci à tous les monteurs et monteuses de lignes électriques qui ont bravé le froid glacial pour rebrancher l'électricité aux milliers de familles qui ont été frappées par la tempête de verglas.

Dans les prochaines semaines, j'achèverai de publier les derniers comptes rendus de mes visites dans les différents collèges communautaires.  Dans le même temps, je rédigerai un rapport sur l'éducation dans les collèges de l'Ontario. Je serai donc très occupé tout au long du mois de janvier.

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Après une visite chaleureuse et instructive à Carolyn Gaunt de la section locale 655 au Collège Cambrian, début novembre, j'ai pris la direction du nord-ouest afin de rencontrer le personnel scolaire du Collège Confederation.

Le campus Shuniah du Collège Confederation

Le Collège Confederation a été fondé en 1967 et son campus principal est situé à Thunder Bay.  Avec huit campus dans le Nord de l'Ontario, le Collège Confederation dessert une superficie de 215 000 kilomètres carrés.  À l'instar des collèges Cambrian et Boréal, les longues distances et les besoins uniques des collectivités situées dans les régions septentrionales présentent un défi constant pour le collège.  Malgré les obstacles, le personnel scolaire du Collège Confederation accomplit un travail exceptionnel pour procurer une éducation de qualité à 3 200 étudiants à temps plein et plus de 17 000 étudiants à temps partiel.

Le personnel scolaire est représenté par le président John Kornichuk et les dirigeants de la section locale 732 du SEFPO. J'ai eu l'occasion de rencontrer le Comité exécutif local, puis les membres de la section locale, et j'ai été fort impressionné par la façon dont les campus éloignés ont été intégrés à notre réunion via Skype. 

Dans le Nord, on comprend que l'apprentissage en ligne est essentiel pour desservir les collectivités éloignées et constitue une utilisation appropriée de cette technologie.  En dépit de cela, il était intéressant d'entendre un délégué syndical (programme de baccalauréat en sciences infirmières) dire que les étudiants réclament des contacts personnels et directs avec les professeurs.  C'est la raison pour laquelle le personnel scolaire essaye de planifier des rencontres face-à-face sur les campus, malgré le fait que les contraintes budgétaires limitent trop souvent ces occasions.
L'intrépide équipe de la section locale 732
L'impact des restrictions budgétaires est visible dans de nombreux secteurs d'activités du Collège Confederation, celui de la dotation en personnel en particulier. L'effectif actuel de 160 membres du personnel scolaire à temps plein est en baisse comparé au nombre maximum de 242 membres en 1992.  Dans le même temps, les employés à temps partiel et à durée déterminée sont désormais plus de deux fois plus nombreux que les employés à temps plein.

La réduction des coûts imposée par le gestionnaire a un impact direct sur la formation technique.  Dans les programmes d'apprentissage, on avait auparavant un professeur et un technicien pour enseigner un cours de laboratoire à 10 étudiants. De nos jours, un seul éducateur enseigne à une classe de 15 étudiants.  Le programme de soins infirmiers souffre également de l'augmentation du nombre d'étudiants et de la diminution de la dotation en personnel scolaire.  Des classes qui étaient autrefois fois plafonnées à 50 étudiants comptent aujourd'hui entre 65 et 70 étudiants.

En plus de la baisse de l'effectif et de l'augmentation du nombre d'étudiants dans les classes, les restrictions financières du collège engendrent également la marginalisation du personnel scolaire relativement aux décisions académiques.  L'attitude collégiale qui prévalait autrefois est chose du passé, à l'instar des réunions mensuelles entre le vice-président à l’enseignement et le personnel scolaire et des nombreuses décisions de gestion qui sont désormais prises sans consultation. Un exemple de ce virage est illustré par l'ajout de cours en ligne dans les programmes locaux, ce qui se traduit par des groupes d'étudiants qui, de toute évidence, ont beaucoup de mal à surmonter le manque d'instruction face-à-face. Les membres du personnel scolaire expriment pourtant leurs préoccupations, mais on ne les écoute pas.

Les difficultés que rencontre le personnel scolaire de Confederation pour maintenir la qualité de l'éducation sont similaires à celles qui existent dans les collèges Cambrian, Boréal, Sault, ainsi dans le prochain établissement de ma tournée, le Collège Northern.  Les collèges du Nord offrent un service essentiel aux communautés qu'ils desservent.  À cause d'un virage vers un modèle plus corporatif et plus concurrentiel et des ressources qui se font rares, on s'éloigne de plus en plus du mandat original des collèges qui était de répondre aux besoins particuliers des diverses régions.  Les profonds changements relatifs à son mandat et à la « différenciation », que le Collège a annoncés récemment, montrent bien que la vision originale, qui était de desservir les collectivités et de répondre à leurs besoins, est en net recul.

Malgré ces obstacles majeurs, j'ai quitté le Collège Confederation en sachant que le personnel scolaire est résolu à procurer une éducation de qualité optimale dans le Nord.  Cette réalité, plus que toute autre chose, me donne de l'espoir ...


Wednesday, December 18, 2013

Le personnel scolaire des collèges en situation précaire : une majorité réduite au silence

Pour cet article, j'ai le plaisir de donner la parole à un collaborateur occasionnel, un ou une professeur des collèges à temps partiel, qui apporte une perspective très importante.  Dans mes prochains articles sur les collèges de l'Ontario, je ferai appel à d'autres collaborateurs occasionnels au cours des mois à venir, afin de présenter plusieurs points de vue sur l'enseignement collégial d'aujourd'hui ...

 
Je suis professeur dans un collège de l'Ontario et j'enseigne dans le système collégial depuis plus de 20 ans. Je détiens un diplôme d'études supérieures et j'ai une bonne expérience professionnelle, mais je suis un travailleur précaire.

Depuis que je suis professeur de collège, je travaille à temps partiel avec un contrat à durée déterminée. J'appartiens à la catégorie des enseignants à charge partielle, ce qui veut dire que j'ai, néanmoins, la chance de faire partie du personnel scolaire syndiqué.  Mais, je n'ai pourtant pas droit à la protection la plus élémentaire : la sécurité d'emploi.

Qu'est-ce que ça veut dire? Mon contrat d'enseignement ne dure que le temps d'un trimestre scolaire. Ainsi, quand je commence à enseigner en septembre, je ne sais jamais si j'aurai encore un emploi en janvier. Quand j'enseigne pendant le trimestre de printemps, je ne sais jamais si j'aurai encore un emploi à la rentrée suivante.

Si je dépose une plainte à propos de mes conditions de travail, d'un harcèlement ou si mon patron, le doyen ou le doyen associé me prend en grippe, je cours le risque de ne pas obtenir un autre contrat de travail – sans aucune explication.

C'est la raison pour laquelle j'écris sous le couvert de l'anonymat. Je n'ai pas voix au chapitre dans mon milieu de travail.

Le plus étonnant est que je fais désormais partie du groupe majoritaire. Soixante-dix pour cent des membres du personnel scolaire de mon collège ont un emploi précaire à durée déterminée – un contrat de travail. Une situation que je partage non seulement avec le personnel scolaire, mais également avec le personnel de soutien des collèges, dont un grand nombre d'entre eux sont également des travailleurs précaires employés à temps partiel.

Le nombre d'étudiants inscrits dans nos collèges augmente sans cesse, 53 pour cent de plus au cours de la dernière décennie, alors que le nombre de membres du personnel scolaire à temps plein bénéficiant de la pleine sécurité d'emploi a diminué de 22 pour cent au cours de la même période. Les collèges recrutent des travailleurs précaires au lieu de créer de bons emplois stables. Pourquoi? Ils nous disent, que durant cette période d'austérité, ils manquent d'argent.

Mon collège a actuellement un excédent de plus de 225 millions de dollars, l'argent n'est donc pas un problème. Par contre, il est clair qu'il  n'y a pas la volonté politique de créer de bons emplois.

Les travailleurs des personnels scolaire et de soutien des collèges de l'Ontario entameront en même temps leur prochaine ronde de négociation avec leur employeur : le Conseil des employeurs des collèges. 

Au cours de la dernière ronde de négociation, mon syndicat a obtenu quelques petites améliorations sur la question de la sécurité d'emploi. Les membres du personnel scolaire à charge partielle ayant travaillé depuis plus de deux ans, qui ne sont pas réembauchés pour enseigner les cours qu'ils ont déjà enseignés par le passé, peuvent s'opposer à la décision par l'entremise d'une procédure de règlement des griefs. Certes un petit pas, mais un pas important.
 
Durant la prochaine ronde de négociation, les employés des personnels scolaire et de soutien des collèges devront être unis pour obtenir de meilleurs emplois et préserver la qualité de l’éducation.

Monday, December 16, 2013

Le Collège Cambrian : Retour vers le Nord!


Le jour de l'Halloween, j'ai repris la direction de Sudbury pour rendre visite au personnel scolaire du Collège Cambrian – l'autre collège de la ville.  Les professeurs, les conseillers et les bibliothécaires du Collège Cambrian sont représentés par la présidente Carolyn Gaunt et les délégués syndicaux de la section locale 655 du SEFPO. 

Carolyn Gaunt – l'illustre présidente de la section locale
 
Avec plus de 4 000 étudiants et étudiantes à temps plein, le Collège Cambrian est le plus grand collège du Nord de l'Ontario.  À l'origine, le Collège Cambrian avait des campus à Sudbury, à North Bay et à Sault Ste. Marie, mais dans les années 1970, les campus de North Bay et de Sault sont devenus des collèges de plein droit – le Collège Canadore et le Collège Sault.  En 1995, les programmes de langue française du Collège Cambrian ont été transférés au nouveau Collège Boréal.

Durant la réunion du CEL, les délégués syndicaux du Collège Cambrian ont discuté de toutes les pressions qui sont exercées sur le personnel scolaire au moment où les programmes sont passés au crible.  Comme dans la plupart des autres collèges, la baisse du nombre d'employés à temps plein constitue le plus important problème au Collège Cambrian.  La section locale 655 compte actuellement 182 membres à temps plein, environ 35 à charge partielle et plus de 200 à temps partiel.  Certes, le rapport entre le nombre d'employés à temps plein et à temps partiel est meilleur que dans de nombreux autres collèges, mais il y a de moins en moins d'employés à temps plein du fait qu'on ne remplace pas ceux et celles qui partent à la retraite.

Les conséquences des réductions budgétaires imposées par l'administration se font également sentir dans plusieurs autres domaines.  Les délégués syndicaux dans les programmes de métiers décrivent des classes où les étudiants travaillent à deux sur une machine conçue pour un seul étudiant.  En dehors de la question de santé et sécurité que soulève une telle situation, un délégué syndical a exprimé ses préoccupations quant à la qualité de l'apprentissage : « Les étudiants ne payent pas la moitié de leur éducation, alors pourquoi devraient-ils apprendre dans de telles conditions? »   Ils ont également souligné l'augmentation de l'effectif des classes et l'obligation de suivre des cours en ligne qui ont un impact négatif sur l'apprentissage.  Sans liberté académique, les professeurs, les conseillers et les bibliothécaires ont de plus en plus de mal à défendre les normes académiques.  Le membre du personnel scolaire qui ose se plaindre s'expose à des représailles sévères, y compris un licenciement. Les associations étudiantes des collèges ont tendance à ne pas se mêler de ces questions théoriques.  Au bout du compte, qui a vraiment le droit de défendre les étudiants?

À la fin de notre réunion, le personnel scolaire du Collège Cambrian s'est dit préoccupé par la direction dans laquelle est engagé l'enseignement collégial dans son ensemble.  Si on continue dans cette direction, ont-ils ajouté, on aura bientôt une grande partie du personnel scolaire qui travaillera à temps partiel, des classes qui seront en moyenne aussi surpeuplées que dans les universités, des cours qui seront majoritairement offerts en ligne et une armée d'administrateurs qui ne cessera de croître.  Pendant ce temps, les étudiants et les étudiantes continueront de payer des frais de scolarité encore plus élevés pour recevoir toujours moins en retour. 

Ce n'est qu'en prenant le contrôle de ces travaux académiques que le personnel scolaire pourra repousser le programme d'austérité de l'employeur et se focaliser sur la raison d'être de l'enseignement collégial – la relation entre les étudiants et le professeur dans la salle de classe.  Carolyn Gaunt a bien résumé les conséquences de ces changements pour nos étudiants, en posant une question toute simple : "Quand vous repensez à vos études au collège, vous souvenez-vous de vos professeurs préférés ou du vice-président aux finances du collège?"

En ce qui me concerne, je me souviens très bien ...

Tuesday, December 10, 2013

Transition au Collège Sheridan


À la fin du mois d'octobre, j'ai pris la direction du Collège Sheridan qui se trouve non loin de chez moi, à Hamilton.  Le Collège Sheridan, qui compte un peu plus de 17 000 étudiants à temps plein, est l'un des plus grands collèges communautaires de l'Ontario.  Le Collège est reconnu à l'échelle internationale pour l'excellence de ses programmes dans le domaine des médias et de l'animation – une réputation acquise grâce au travail acharné du personnel scolaire.  À l'occasion d'un déjeuner et d'une réunion du CEL, le président Jack Urowitz et les délégués syndicaux de la section locale 244, qui représentent le personnel scolaire du Collège Sheridan, m'ont parlé des problèmes auxquels ils sont confrontés pendant que leur collège se transforme en une université.

L'édifice Hazel McCallion du Collège Sheridan


























C'est le président du Collège, Jeff Zabutsky, qui a annoncé que le Collège Sheridan cherchait à obtenir le statut d'université en 2012. Il a mentionné comme raisons le fait que les étudiants demandent davantage de programmes menant à un diplôme et que les universités ne reconnaissent pas totalement les diplômes qui sont décernés actuellement par les collèges. Le gouvernement provincial a indiqué qu'il souhaite ouvrir trois autres universités en Ontario qui se consacreront essentiellement aux études de premier cycle. Le Collège Sheridan espère bien être du nombre.

La période de transition du Sheridan permet de mettre en exergue les préoccupations du personnel scolaire concernant la liberté académique et les normes d'éducation.  D'abord, le fait que les diplômes collégiaux du Sheridan n'aient pas la même valeur que les diplômes universitaires montre que le manque de liberté académique des professeurs des collèges a un impact direct sur la façon dont leur travail est perçu en dehors du système.  C'est rendre un mauvais service à l'éducation de classe mondiale que les professeurs du Collège Sheridan procurent déjà à leurs étudiants. Le personnel scolaire des collèges ne pourra pas obtenir la pleine reconnaissance de son travail tant qu'il ne bénéficiera pas du même niveau de liberté académique que les professeurs des universités.

Cette transition met également en exergue la division qui existe entre les connaissances théoriques et pratiques, mais aussi entre les titres de compétences universitaires et l'expérience en milieu de travail.  Les membres de la section locale 244 s'inquiètent que le modèle d'éducation collégial distinct qui intègre à la fois l'enseignement pratique et appliqué soit menacé par cette transition.  La crainte est qu'on marginalise les professeurs qui enseignent des programmes axés sur l'acquisition des compétences techniques ou ceux qui possèdent une vaste expérience de l'industrie par rapport à ceux qui ont une formation universitaire.  Le personnel scolaire fait valoir que la liberté académique – le droit des professeurs à enseigner librement selon leurs compétences et à critiquer l'institution – est aussi importante pour les professeurs qui enseignent des cours techniques que pour ceux qui enseignent des cours théoriques.

En fin de compte, la liberté académique touche à l'intégrité et à la qualité du processus éducatif. Notre société soutient son principe pour l'enseignement de sujets classiques comme la philosophie, les sciences sociales et les lettres et sciences humaines.  La liberté académique serait-elle moins importante pour les professeurs qui enseignent dans les programmes de techniques de maintenance d'aéronefs, des spécialistes des technologies de l'information ou de techniciens du génie électrique?  Les Canadiens sont-ils d'accord avec le fait que l'infirmière qui procure des soins à un parent malade ait suivi un programme d'études dont les normes académiques ont été élaborées par des professeurs attitrés à temps plein ou par des gestionnaires qui n'ont pas les qualifications requises et dont le mandat est d'offrir la formation la moins chère possible?

Selon son président, le Collège Sheridan accroît le nombre d'enseignants à temps plein, entérine la liberté académique, notamment en mettant en place un sénat, afin d'améliorer la qualité des diplômes décernés.  Les normes qui assurent la rigueur de l'enseignement universitaire sont louables et devraient également s'appliquer aux collèges de l'Ontario.